La réinsertion des personnes en souffrance psychique : Le travail comme thérapie.

En 2017, le nombre de personnes en incapacité de travail a dépassé le nombre de chômeurs. Depuis le 1er février 2018, un projet pilote national de 5 ans a été lancé par l’INAMI pour la remise à l’emploi de personnes en incapacité de travail de longue durée en raison de troubles psychiatriques. Pour ce faire 5 job coach seront engagés à Charleroi et 5 à Liège, les 2 villes pilotes. Cette ‘nouvelle’ approche s’appelle l’IPS (Individual Placement and Support), nous y reviendrons en fin de dossier.

Quid des personnes qui dépendent d’autres indemnités comme le chômage ou les allocations aux personnes handicapées ? A Charleroi, on travaille déjà la réhabilitation à l’emploi avec ce système de job coaching depuis 2010. A Liège, le projet Activation pour des personnes en fragilité psychique existe depuis une dizaine d’année et est assez proche du modèle IPS. On parle davantage de dimension thérapeutique du travail. Tous ces dispositifs complètent l’offre des CRF ou CRP[1]

Le projet pilote Activation, financé par la Région Wallonne, est géré conjointement par l’AIGS[2] et Article 23 asbl. C’est un accompagnement des parcours d’insertion professionnelle destiné à un public présentant une problématique en santé mentale. Explication et témoignage.

Cindy a 39 ans, elle a travaillé dans une société de Call center de nuit puis, un jour, elle a décompensé. Elle avait déjà eu des difficultés auparavant liées à un stress post traumatique remontant à l’enfance. Après ce boulot, elle n’a plus pu travailler car elle rechutait fréquemment. Depuis ses 25 ans, tous les 4 mois environ, elle était hospitalisée pour dépression : « Je sortais, ça allait un peu mieux puis je rechutais. J’avais des soucis familiaux et je n’avais pas de but, pas de projets. Au départ, on me proposait essentiellement de faire de l’occupationnel… »

Et puis il y a eu un déclic et surtout cette rencontre avec Article 23 asbl où on lui a proposé de faire un stage en atelier de secrétariat afin d’acquérir une formation supplémentaire à celle reçue dans son call center. Ensuite elle s’est essayée à l’infographie mais cela ne lui plaisait pas. A la fin de sa période de stage en atelier, elle a suivi une formation de coaching et d’art thérapie toujours dans la même asbl. Après un travail sur l’estime et la confiance en soi, elle a passé son diplôme de coach et d’art thérapeute : « Puis j’ai rencontré Benoit, nous avons mis un projet en place et maintenant je sais pourquoi je me lève le matin »

Le job coaching

Benoit Bodart est job coach (agent d’insertion) dans le projet Activation chez Article 23 asbl, il a accompagné Cindy pendant 2 années et continuera à le faire: « On a beaucoup parlé de son projet. A la base, Cindy s’était orientée vers ce qu’elle connaissait, le secrétariat. Mais ça ne lui convenait pas. C’est grâce à sa formation en coaching qu’elle a cerné dans quel domaine elle voulait travailler : l’art et l’aide aux personnes. C’est son rêve intérieur que l’on a pu mettre en avant. » Au travers de ces 2 années, Cindy a pu mettre son projet en place et s’est littéralement transformée. Il n’y a plus eu d’hospitalisations. Benoit a pu l’aider à créer son réseau et à établir son projet de manière professionnelle avec un plan d’action et des démarches concrètes, notamment avec la coopérative Smart. Par rapport à ses allocations d’insertion, Benoit a pris contact et passé des accords avec sa mutuelle pour ne pas qu’elle prenne de risque. C’est le boulot du coach : Etre toujours en lien avec le référent psychosocial dans le cadre du projet d’activation. « Notre objectif n’est pas d’imposer un travail parce qu’il fait partie d’un secteur en pénurie, il faut que le travail de la personne respecte son envie…Et si elle n’a pas les mots, on va essayer d’identifier son rêve et surtout de s’assurer de la pérennité de ce travail », précise Benoit Bodart. Une fois que le projet est lancé, le coach ne va pas abandonner la personne, il va travailler avec elle et l’aider à chaque moment un peu difficile. Si l’employeur a une inquiétude, l’agent d’insertion le rencontre. En effet, dans le projet Activation, l’institution Article 23 asbl s’engage à assurer un suivi illimité à ses bénéficiaires. L’initiative activation a quasi la même philosophie que la méthodologie IPS si ce n’est que l’agent d’insertion ne va pas essayer de faire une mise à l’emploi le plus rapidement possible.

Cindy va donc travailler comme coach avec des adultes. Faire de l’art thérapie c’est-à-dire permettre aux personnes de s’exprimer au travers la peinture ou le travail de l’argile, par exemple. Elle vient de trouver un local et, si ça fonctionne bien, dans quelques années elle développera son activité en tant qu’indépendante. Avec l’aide de son job coach, elle a trouvé une artiste débutante qui avait besoin d’une colocataire d’entreprise et le contact  s’est très bien passé. Benoit s’est porté garant puis il a fallu tout construire, se réunir chaque semaine pendant des heures avec le référent psychosocial pour toute interrogation ou tout point de stress potentiel. L’artiste travaille dans l’art pur donc il n’y a pas de concurrence avec le projet thérapeutique de Cindy.

Et Benoit d’ajouter : « Notre accompagnement est aussi une garantie pour l’employeur parce qu’ils savent que nous sommes au fait des problématiques de la personne. Nous pouvons aussi quand cela ne va pas et, au besoin, activer le réseau de la personne. Le boulot marketing du job coach c’est aussi de vendre notre savoir-faire et notre accompagnement. » Pour pouvoir assurer pleinement son suivi, le job coach ne peut s’occuper que d’une vingtaine de personnes.

Quand on demande à Cindy ce qu’elle dirait à des personnes qui sont dans la même situation qu’elle, quelques années auparavant, elle répond : « Je pense qu’il faut trouver sa voie, il faut se faire aider parce quand on est noyé dans les problèmes, c’est plus compliqué car on est seul. Il faut trouver les bonnes personnes et les bons services. J’ai mis du temps à venir ici, je suis passée par un CRF. Je n’avais pas de projet au départ, on ne m’a pas vraiment orientée. Je dirais juste qu’il faut garder espoir! »

Les autres missions d’Article 23

Article 23 asbl propose aussi des espaces de préparations à l’intégration au marché de l’emploi dans des micro entreprises de production, des entreprises d’économie sociale. Ces espaces permettent de développer des compétences transversales utiles pour la vie en général et la vie en entreprise en particulier. Ces ateliers d’une durée maximale de 18 mois concernent 3 secteurs : l’Horeca avec le restaurant Vo(le) au-dessus, le domaine du bâtiment et un département d’infographie. Ce sont d’ailleurs les stagiaires de cette troisième filière qui illustrent et mettent en page le magazine que vous tenez entre les mains… Ces ateliers sont des outils d’insertion, la finalité n’est pas de faire des stagiaires des professionnels du secteur. « Cela ne fonctionne pas à tous les coups mais nous n’avons pas une nécessité de résultats, on doit mettre tous les moyens en œuvre pour permettre à la personne d’accomplir son rêve professionnel ou de formation » conclut Benoit Bodart.

  • Plus d’infos sur ces ateliers et les services d’Article 23 asbl article23.eu

Marion Warzée est aussi job coach dans l’initiative Activation pour l’AIGS, l’Association Interrégionale de Guidance et de Santé, qui regroupe des services de santé mentale, des entreprises de formation par le travail, des habitations protégées et de nombreux autres services d’aide à la population sur la Province de Liège.

Son travail consiste à accompagner des personnes en vue d’une (ré)-insertion professionnelle effective et permanente. En raison d’une affection psychiatrique, ces personnes n’exercent pas d’activité professionnelle et, de par leur vulnérabilité psychique, ne profitent pas assez de l’offre existante dans le domaine du travail. Le suivi dans cette configuration est de 2 ans maximum avec une possibilité de suspension (hospitalisation, retour en CRF…) qui permet de reporter le temps de la formation. Si les deux ans sont écoulés, un nouvel accompagnement est possible mais après avoir suivi un programme de réadaptation.

Ce programme s’adresse aux personnes ayant effectué un parcours en réadaptation et qui n’ont plus besoin de l’ensemble du dispositif ainsi qu’à toute personne en demande d’un accompagnement de parcours ou de carrière et venant de l’ensemble du réseau Fusion Liège (Services de Santé Mentale, Équipes mobiles et hôpitaux).

Pour en savoir plus sur le service Activation, télécharger leur brochure explicative sur le site de l’AIGS :

http://www.aigs.be/service-activation.php

Et pour toute question ou information, contactez les 2 agents d’insertion (job coach):

Benoit.bodart@article23.eu

m.warzee@aigs.be

 


 

Le programme Socrate/Emploi/Formation est un programme de Soutien à l’Emploi mis sur pied en 2007 à Charleroi par Silvano Gueli (chef de service et conseiller en emploi) et le Docteur Guy Deleu (psychiatre). Le programme adopte largement l’approche Choisir-Obtenir-Garder du Soutien à l’Emploi de l’Université de Boston. Depuis 2010, les spécialistes en emploi du programme travaillent à intégrer dans leur pratique les principes du modèle IPS (Individual Placement and Support) avec l’aide de l’équipe IPS de l’Institut Douglas de Montréal. Mais concrètement, comment ça marche ? Réponse avec Silvano Gueli.

Cette approche est un modèle clinique, qui consiste à utiliser l’emploi comme un moyen d’aller vers le rétablissement en santé mentale. C’est complémentaire avec toute l’offre de soin. « C’est un modèle proactif. On va rencontrer les employeurs, mettre les personnes en contact direct et accompagner le processus. C’est un modèle de « place and train », on ne prépare pas les gens à l’emploi on les y amène et on les accompagne une fois qu’ils travaillent ».

Chaque personne qui est dans le programme a un référent clinique rencontré lors de l’entretien de pré-admission intégré dans le projet de soin : « Si on sent que la personne va moins bien, le référent clinique (psychiatre, thérapeute), le garant du projet de soin, est au courant et peut intervenir. Il y a du lien entre le soin et le projet professionnel. »

En général, l’employeur est au courant qu’il y a une problématique de santé mentale mais il ne dispose pas du diagnostic. Par contre, la personne pourrait éprouver une gêne par rapport à ses collègues directs. Que leur dire et comment ? Elle pourra en discuter avec son conseiller de remise à l’emploi sur ce qui est intéressant de dire aux collègues ou pas. En effet,  elle peut avoir l’impression de leur mentir… « Ça dépend des gens, de chaque contexte professionnel. On gère une vingtaine de candidats maximum pour être plus disponibles afin de discuter également de ses aspects-là. Il peut être question des habiletés sociales (ex : quelqu’un qui est renfrogné non pas à cause de son caractère mais en raison d’une problématique de santé mentale), un horaire à adapter en fonction de leurs besoins » précise Silvano Gueli.

La fonction de conseiller en emploi n’existe pas vraiment. Les profils sont assez diversifiés. Dans l’équipe de Charleroi, on retrouve des assistants sociaux, des ergothérapeutes, des éducateurs et des psychologues…

L’espace Socrate vient d’intégrer l’ISPC (Intercommunale de Santé Publique du Pays de Charleroi) au sein de l’hôpital civil de Charleroi. Et l’équipe s’agrandit… De 3 conseillers en emploi en 2013, ils vont  passer à 6 cette année. Si l’on compte les 5 job coach bientôt engagés pour le projet INAMI, cela fera 11 personnes. « Les politiques d’activation des chômeurs ou des bénéficiaires du CPAS, qui peuvent être discutables, ont donné un coup de pied dans la fourmilière. Des personnes qui étaient « en équilibre » grâce à leurs allocations, ont été obligées de rechercher un emploi, avec un certain nombre de difficultés. Le Forem et le CPAS se font souvent appel à nous pour trouver des solutions. »

Le groupement Smile

Depuis quelques années, le groupe Smile rassemble des personnes concernées par l’emploi et la santé mentale. Ces personnes proviennent d’horizons (CRF, conseil régional de l’emploi, job coach) et de territoires différents (Charleroi, Bruxelles, le Brabant Wallon, Namur, Huy-Waremme, Liège, Verviers et La Louvière). C’est une sorte de réunion d’équipe de job coach 1 fois par mois à Namur. En effet, certains agents d’insertion se sentent isolés dans leur institution.

Silvano Gueli insiste sur l’aspect thérapeutique du projet : « L’emploi est parfois stigmatisant ou stigmatisé. Le modèle IPS propose aux gens de retrouver un rôle actif dans la société au travers d’un emploi rémunéré. Nous ne sommes pas un organisme de réinsertion professionnelle. On ne va jamais pousser un employeur à accepter quelqu’un et le candidat au poste peut faire machine arrière. Ce sont des expériences, l’emploi n’est pas une fin en soi. »

En effet, l’espace Socrate propose beaucoup de stages en entreprise afin que les personnes puissent tester de manière concrète l’environnement de travail. « Il y a parfois des gens qui arrêtent leur parcours parce que parce ça ne leur convient pas. Parce que l’idée de travailler remet en avant tout une série de choses compliquées, et ces personnes veulent régler ces problèmes avant le travail. » Pas mal de candidats se sont aussi inscrits en hôpital de jour après être passé par le programme de réinsertion…L’IPS est un modèle qui intègre l’expérience, il faut parfois 4 ou 5 emplois avant de trouver le bon… « Même si on se plante, c’est là-dessus que l’on va affiner les critères afin que les personnes arrivent à trouver le projet ou le job idéal. »

Quels sont les résultats ?

34 personnes ont intégré le programme depuis le début 2017 : 6 personnes ont réalisé des stages, 1 autre a suivi une formation courte, 4 personnes une formation longues, 2 ont repris des études ; 5 autres suivent un CAP, 3 personnes ont trouvé un emploi ‘grille ordinaire’ en CDI, 4 autres un emploi ‘grille ordinaire’ en CDD et enfin 1 emploi ‘grille ordinaire’ mi-temps. Soit près de 70 % d’activation.

« Redevenir un travailleur, c’est retourner dans l’anonymat », prévient Silvano Gueli. En effet, quand le patient est pris en charge, il y a toute une série de structures qui s’occupent de lui. Retravailler implique de quitter ce « cocon ». « Le patient n’occupe plus une place dans un groupe thérapeutique, il doit reconstruire une nouvelle place. Essuyer un échec ou faire marche arrière fait partie du processus de changement et nous sommes là pour soutenir la personne».

Le programme Socrate/Emploi/Formation est uniquement destiné à des usagers des services de santé mentale de Charleroi et de sa région.

Les conditions d’éligibilité au programme :

-Présenter un trouble psychiatrique sévère et invalidant ;

-Souhaiter se réinsérer dans le monde du travail ;

-Être suivi par un psychiatre qui marque son accord pour collaborer étroitement avec le spécialiste en emploi au projet de la personne ; Habiter Charleroi ou sa région.

Infos : http://www.espace-socrate.com

Tél. : 32(0)71/92.07.92

silvano.gueli@chu-charleroi.be

 


 

L’IPS est donc cette approche venue d’outre atlantique parmi celles qui vont aider les job coach à remettre les malades de longue durée sur le marché ordinaire du travail. La méthode vise l’exclusion 0 et un emploi durable en se basant sur les désirs de la personne. Il nécessite une obligation de moyens mais pas de résultats. L’évaluation se fait plutôt sur la façon dont vous changez votre manière de travailler. L’approche IPS, à la différence des CFR, n’est pas limitée dans le temps. Une personne peut être accompagnée toute sa vie.

Nombreux sont les partenaires impliqués dans ce projet pilote de l’INAMI : les mutuelles (en première ligne), les services régionaux de l’emploi, les partenaires IPS mais aussi des structures de santé intéressées par la réinsertion professionnelle. Il est essentiel pour que le modèle fonctionne, que le secteur de la santé puisse guider les conseillers en emploi pour prendre en compte les besoins de la personne qui souhaite retrouver un emploi.

Vanessa de Greef, juriste et spécialiste en droit social, mène une étude scientifique, avec le soutien financier de l’INAMI, pour évaluer la qualité des emplois trouvés avec l’approche IPS (les questions de bien-être, de rémunération, de secteur d’emploi…).

Pourquoi le système de remise au travail est-il si complexe en Belgique ?

Vanessa de Greef : « Effectivement, en Belgique, le passage d’une branche à une autre est assez complexe aujourd’hui en ce sens où chaque système évalue ce qu’est une incapacité de travail. Vous pouvez être pris en charge par l’assurance chômage, par l’assurance indemnité, par les allocations aux personnes handicapées… Il y a déjà eu des tentatives d’homogénéisation de ces différentes pratiques. Il y a 2 ans, un collège a été mis sur pied pour travailler sur des pratiques communes. Pour fondre un système pareil il faut que tous les acteurs tombent d’accord sur un système commun. Par rapport à l’assurance indemnité, il y a 2 mécanismes très intéressants : un premier qui permet de cumuler des allocations avec une reprise partielle du travail. Ce système permet de cumuler les 2 régimes alors qu’il y des assurances où on ne peut jamais gagner un salaire en bénéficiant d’une allocation. » 

 « Depuis 10 ou 15 ans, l’INAMI propose un accompagnement à un certain nombre de personnes avec des troubles mentaux. Celui-ci n’était pas toujours adapté à leur réalité…Du coup un bon nombre de personne souhaitaient bénéficier de cet accompagnement mais n’y ont pas eu accès pour envisager une reprise du travail. Elles ont perdu confiance en elle, elles ont peut-être fait une tentative mais ça n’a pas marché. Il y a donc une volonté de développer toute série de programmes qui vont permettre d’appréhender mieux cette réalité car on reste très focalisé jusqu’à présent sur les problèmes physiques. L’IPS est l’un de ces programmes » 

Jean-Michel Stassen est directeur du dispositif Article 23 asbl, il est aussi superviseur de l’équipe IPS de Bruxelles : « Il faut bien connaître les risques et les intérêts des changements de statut de la personne remise à l’emploi.  Par exemple, si je recommence à travailler, je sors de la mutuelle mais  dois-je refaire toutes les démarches ? Il y a des parachutes si vous êtes mutualistes dont on ne bénéficie pas quand on est bénéficiaire au CPAS. Donc il faut bien renseigner l’usager sur ses droits et ses devoirs. »

Les entreprises sont-elles contraintes à engager des personnes avec un trouble psychique ?

Vanessa de Greef : « Pour le moment elles sont contraintes de mettre en place une procédure de réintégration de la personne malade. Mais si le conseiller en prévention estime que la personne ne peut réintégrer l’entreprise, la procédure n’aboutit pas et la personne est mise à la porte. Il faut que tout le monde joue le jeu. Exemple : pour personne agoraphobe, on peut lui proposer un télétravail. Beaucoup ne font pas preuve de créativité et ne sont pas sanctionnées. Elles ne voient pas toujours le potentiel du travail de la personne malade. Il y a parfois une incompréhension par rapport au trouble de la personne. »

Sivano Gueli : « La méthodologie IPS prévoit qu’une partie du travail soit d’être en lien avec les employeurs, de les rencontrer même si on n’a pas de candidats à leur proposer, c’est de cette manière-là que l’on va aller au-delà du préjugé. L’employeur est rassuré car il y a une personne ressource à contacter en cas de souci. »

Benoit Bodart : « On est dans une société où il faut de la production et du rythme. La personne n’est plus estimée que comme un instrument de travail et nous, à Activation, on la remet au centre… J’ai toujours une réticence quand je démarche une société car la santé mentale est toujours très méconnue. Les entreprises nous disent : « Ces personnes ont un problème, pourquoi les engagerais-je ? » Là, il y a tout un travail. Mais ces candidats à l’emploi sont plus que motivés, ils seront fidèle à leur poste et il faut faire confiance au job coach. C’est un système ‘win win’. L’employeur doit y gagner et la personne aussi, pas que pécuniairement, mais sur le plan du bien-être personnel. Et qu’elle ne s’identifie plus à sa maladie mais à ce qu’elle est réellement. »

Jean-Michel Stassen : « Pour un réseau de 100 personnes à coacher dans l’arrondissement de Liège, on trouve suffisamment d’entreprises. Mais si le nombre de job coach était multiplié par 10, il faudrait qu’il y ait des incitants pour les entrepreneurs, soit via des quotas de personnes avec un handicap comme en France (6 %)[3] et au Luxembourg (2 à 4%). Chez nous, c’est uniquement obligatoire dans le secteur public (3%). Si le quota n’est pas respecté, il y a sanction et amende. A un moment, on a parlé de tester des clauses sociales[4], dans les marchés publics. Par exemple, pour le changement de chassis d’un tel bâtiment, il y aurait une obligation d’engager une personne fragilisée à mi-temps pour 4 ouvriers avec un contrat de la durée du chantier et un cadre médico psycho social. Toutes les entreprises seraient soumises aux mêmes contraintes. Cela coûterait un peu plus cher mais une partie de l’argent public aiderait à l’insertion, c’est un choix politique… C’est une contrainte qui permettrait également la rencontre et la déstigmatisation. »

 

[1] Les Centres de Réadaptation Fonctionnelle et le Centre de Revalidation Psychosociale s’adressent aux personnes présentant des problématiques psychiques entraînant des difficultés dans la vie de tous les jours et dans l’insertion (socio)professionnelle. Ils renforcent l’autonomie et les compétences sociales qui permettent l’accès à l’insertion sociale et professionnelle. La réadaptation est réalisée sur un maximum de 12 à 24 mois. Plus d’infos sur le site de la fédération des Centres de Réadaptation Ambulatoire http://www.fcra.be/

[2] L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé http://www.aigs.be.

[3] Tout employeur occupant au moins 20 salariés est tenu d’employer à plein temps ou à temps partiel des travailleurs handicapés dans une proportion de 6 % de l’effectif total de l’entreprise. Les établissements ne remplissant pas ou que partiellement cette obligation doivent s’acquitter d’une contribution à l’Agefiph, le fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées. https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F1651

[4] En juillet 1998, la Région Bruxelloise a imposé l’insertion de clauses sociales dans les marchés publics intégralement ou partiellement pris en charge par la Région Extrait d’un dossier préparatoire de demande de collaboration pour l’introduction des clauses sociales spécifiques dans les marchés publics du CPAS de Liège.