L’importance du projet de vie pour les personnes en fragilité psychique.

Les projets de vie sont déterminants pour tout un chacun, mais quand un problème de santé mentale se déclare, il faut le plus souvent en réinventer un autre. Le bien-être, les relations sociales, la formation, le logement, l’emploi façonnent ce projet et sont bénéfiques pour le patient. Pour l’aider à y voir plus clair dans ses choix, il existe des clubs thérapeutiques. Nous vous proposons donc une plongée dans la vie d’un de ces clubs où l’on apprend à se réinsérer dans la vie sociale. Comme l’accès au logement et à l’emploi sont aussi déterminants, nous compléterons  ce dossier par les témoignages d’un capteur de logement et d’une job coach ou coach de vie.

Dossier réalisé par Jean-Philippe Lejeune


  • « Quand on m’aide à me poser, je constate que j’ai des objectifs, des envies. » Sandrine P.

Sandrine souffre de dépression et est devenue membre du club thérapeutique Réflexions au SSM Accolades[1] à Liège. Il y a 2 ans, après une hospitalisation, son psychiatre l’a aguillée vers Réflexions. Témoignage.

Qu’est-ce qui vous plait dans le club ?

En hôpital de jour, le cadre est assez lourd… J’étais considérée comme une bénéficiaire, on m’imposait des activités auxquelles je devais adhérer. Au club, c’est différent, on part de ce que je suis, de ce que je pense et de ce que je ressens. Je me sens plus respectée et la relation avec les intervenants est moins hiérarchisée… Le tutoiement y contribue, il y a une convivialité très présente.

Quel est votre rythme de fréquentation?

A Réflexion, il y 2 groupes, A et B. Dans le premier, les personnes viennent de façon épisodique. Dans le second, la fréquentation est beaucoup plus régulière. Je voulais travailler quotidiennement sur des objectifs personnels avec davantage de suivi. Tous les 3 mois, on réévalue ces objectifs ; on a rendez-vous avec le psychologue référent toutes les 2 semaines, l’objectif est voir comment évolue notre travail au club et en parallèle dans notre vie.

Quels étaient vos objectifs ?

M’ancrer dans le présent et faire un certain nombre de deuils dans ma vie. Je participe à un atelier qui travaille sur notre propre image. Il y a aussi le groupe Vis ma vie. C’est une technique de résolutions de problèmes en groupe. Quelqu’un amène une situation personnelle et puis le groupe va faire des propositions que la personne va retenir ou pas. Les objectifs peuvent évoluer ; à une époque, je n’étais plus capable de venir au club, on ne m’a pas demandé de certificat médical et personne ne m’a contrainte à venir. J’avais des craintes par rapport aux membres du groupe que j’avais abandonnés en raison de ma santé, je culpabilisais, alors j’ai pu en parler avec eux. Aujourd’hui j’ai pu animer une activité moi-même et j’ai envie de le refaire…

Quel est le bilan de ces 2 années au club thérapeutique ?

J’ai beaucoup avancé dans ma structuration. Au départ, quand on me demandait quels étaient mes objectifs dans la vie, dans ma tête, c’était une sorte de magma, je ne comprenais rien…Quand on  m’aide à me poser, je constate que j’ai des objectifs, des envies. Actuellement, je suis dans une situation particulière car je viens d’être réhospitalisée pour une dépression. Donc je suis à la fois à l’hôpital, au club thérapeutique et chez moi. Entre l’hôpital psychiatrique où je fais de l’art- thérapie et le club que je fréquente toujours assidument, mes activités se rejoignent. Les différents intervenants se rencontreront d’ailleurs lors d’une réunion de concertation.  Mon hospitalisation s’est faite conjointement avec mes activités au club. Je sens qu’il y a une réelle prise en charge et je ne suis pas toute seule, je ne reste pas dans un vase clos et puis tout à coup on me relâcherait.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui vivrait la même situation que vous il y a 2 ans ?

De venir au club rapidement et peut-être d’éviter l’hôpital de jour. Ici il y a énormément de bienveillance de la part du personnel et des patients, c’est très chouette au niveau relationnel. Il faut arriver à définir son projet. Quand je suis à l’hôpital, les gens me disent qu’ils sont perdus et qu’ils ne savent pas quoi faire de leur vie. Alors j’essaie de les motiver à élaborer un projet via le club. Si mon psychiatre ne m’avait pas aiguillée vers Réflexions, je n’aurais eu que l’hôpital de jour et je serais restée dans le même carcan.

Laetitia Martin, éducatrice spécialisée, travaille avec Sandrine.

Le club thérapeutique ne peut pas convenir à tout le monde, certaines personnes ont besoin d’être davantage cadrées. Au club, il y a des « moments flottants » où chacun est libre d’évoluer comme il le veut mais ça ne conviendra pas à des patients angoissés. Le rapport à l’autre peut être compliqué, par exemple lorsqu’on passe un temps de midi avec des personnes à qui on ne sait pas trop quoi dire. C’est pour cela que d’autres structures existent afin de réorienter le patient.


  • « L’objectif du Club, c’est que la personne se sente appartenir à un groupe, à une société. »
  1. Scarciotta

Lidia Scarciotta est psychologue au Club Thérapeutique Réflexions. Elle accueille notamment les nouvelles personnes et en lien avec l’équipe, s’occupe de leur suivi. Elle nous explique son rôle et les missions du club thérapeutique.

Où en sont les patients dans leur trajet de soin quand ils viennent vous voir au club thérapeutique? Sortent-ils systématiquement de l’hôpital ?

On mène des entretiens avec le patient et on analyse sa demande. Après ces rencontres, on décide en équipe si on est en mesure d’accueillir cette personne.  Pour amener la personne à s’intégrer, il est indispensable qu’elle vienne de sa propre initiative,  nous n’obligeons pas les gens à venir… On leur donne les clefs du club. Mais une des difficultés principales, c’est de coordonner le rythme du réseau de la personne et du club, parfois elle n’est pas toujours prête à ce moment-là. Les patients ne sortent pas systématiquement de l’hôpital, il peut y avoir des personnes isolées chez elle. Le fil rouge entre nos membres est cette difficulté à être dans le lien avec l’autre et ne pas se sentir comme n’appartenant  à quelque groupe que ce soit.

Concrètement quelle est votre mission ?

C’est accueillir les gens et travailler le lien à l’autre de manière thérapeutique, c’est-à-dire avec un accueil bienveillant et une structure qui établit des repères, des rituels, des activités régulières… Notre outil principal, c’est le travail en groupe  où c’est vraiment le fait d’être en présence des autres qui va être travaillé. Evidemment, le contenu de l’activité peut être différent (chant, relaxation, atelier créatif, artistique, théâtre, sortie à l’extérieur, cuisine, …).

A titre d’exemple dans l’atelier Vis ma vie,  on part d’une situation personnelle puis tout le groupe va poser des questions et donner des pistes de résolution. Tout le groupe est à l’écoute et les situations font écho chez chacun. Ex : une maman qui est en souffrance car elle veut voir son enfant plus souvent à cause des rapports avec le père ou rencontre une difficulté d’initiative pour faire des démarches, prendre soin d’elle ou de son logement.

Avec l’atelier Image de soi, l’idée est de faire la part des choses entre la manière dont on se perçoit et la manière dont on reçoit le regard de l’autre. Cela peut toucher aussi à quelle image je renvoie, comment je prends soin de moi. On va toucher ces différents aspects à travers cette activité.

Nous  avons des grilles d’activités et des objectifs généraux, mais le contenu peut changer en fonction des groupes. Ce ne sont pas des activités figées, elles évoluent en fonction  de la dynamique du groupe à un moment donné. Si l’activité change, l’objectif reste. Par exemple une sortie à l’extérieur, quelle qu’elle soit,  a toujours pour but d’entrer en relation avec l’autre.

Quelle est votre rôle dans la vie du patient ?

Le club est comme une caisse de résonance où les personnes vont vivre des choses, en découvrir et où elles vont pouvoir s’exprimer. Nous allons leur renvoyer les projets, les idées qu’elles mettent souvent en avant. Là, on y va par étape et on co-construit un projet avec la personne. Par exemple un membre aimerait faire un travail bénévole, il travaille son projet au sein du club par différentes activités. Si l’envie subsiste, une assistante sociale  du SSM va vraiment  accompagner la personne dans ses démarches. C’est pareil pour les formations.

L’accompagnement du club est-il illimité ?

Il n’y a pas d’obligation au club mais il faut que la personne se mobilise pour y venir. Ce qui fait la différence avec un club de loisir, c’est que l’on sente chez la personne un potentiel de changement, quelque chose qui pourrait servir de base au travail thérapeutique. Il n’y a pas de limite de temps mais au fur et à mesure, la fréquentation peut s’assouplir. L’objectif de club est que la personne se sente appartenir à un groupe, à une société. Si elle développe des choses à côté du club, c’est très bien. Le club thérapeutique n’est pas une fin en soi. Quand il y a une rechute, comme nous avons un lien de confiance, nous pouvons activer le réseau médecin psychiatre traitant, famille, psychologue équipe de soin à domicile.

Que diriez-vous à une famille qui peine à motiver son proche malade à intégrer un projet de vie ?

Je dirais à la famille qu’elle est précieuse pour la personne en la soutenant et en croyant en elle. On ne voit pas toujours d’évolution car cela bouge petit à petit. Les familles peuvent aussi échanger entre elles. L’essentiel est de valoriser le soutien tout en laissant la personne malade se responsabiliser, comprendre à nouveau les choses et les intégrer autrement. Il y a de la marge entre les capacités que la personne  a  à certains moments et à d’autres pas. La personne malade souffre aussi du fait de ne plus être capable de faire quelque chose qu’elle pouvait faire avant. C’est difficile aussi pour elle…


  • « Le frein principal à l’élaboration du projet de vie, c’est le deuil du projet précédent. Mais aussi la pression car, comme on a échoué une fois, on n’a pas le droit à l’erreur » N. Dauby

Nicolas Dauby, psychologue et directeur du SSM Accolades. Il nous explique le rôle d’un service de santé mentale. En tant que praticien, il connait bien la problématique du projet de vie et du fait de devoir en changer en raison d’une fragilité psychique…

Quel est le rôle d’un Service de santé mentale ?

En général, la plupart des gens ont une idée de ce qu’ils ont envie de  faire de leur vie. Quand la maladie arrive, cela recule le moment où la personne va se lancer dans son projet de vie. Par exemple, quelqu’un qui fait une dépression est out pendant 6 mois puis peut repartir.  Mais certaines maladies peuvent ravager complètement un projet : par exemple, le chanteur Grand corps malade voulait devenir un basketteur professionnel, puis a eu un accident. Il a dû se réinventer et cela n’a pas été simple. Un des rôles du SSM est d’aider les gens à être plus « solides » quand ils sont pris dans des choses qui les dépassent, être encouragés et soutenus pour pouvoir continuer à vivre c’est-à-dire dépasser ce qui les empêche de grandir. Au SSM, ce sont le psychiatre, la médication, le psychologue et les assistantes sociales qui permettent une réinsertion sociale et puis une orientation vers des services de réinsertion professionnelle ou associative. Le club thérapeutique, lui, a pour but d’aider les gens qui ont du mal être résistants surtout seuls… On va essayer de les inclure dans une sorte de laboratoire relationnel pour apprendre et réapprendre à vivre en société. C’est beaucoup plus « pratico-pratique » que lors d’un entretien avec un psychologue.

Concrètement comment se passe la prise en charge de ces personnes ?

C’est entre 15 et 20 ans que la plupart des personnes ont des rêves concernant leur vie. Souvent des maladies, comme la schizophrénie, viennent mettre tout par terre à 18 ou 20 ans. Les patients s’accrochent parfois à leur rêve et se relancent dans le même projet, puis craquent à nouveau. Ils n’intègrent pas que cette maladie-là les empêche de mener leur projet initial. Au début, la prise en charge de ce deuil est très présente. Il faut accompagner les patients  dans le fait qu’ils ne vont plus pouvoir avancer comme ils l’avaient prévu. Le travail de thérapie va consister à les faire rêver à autre chose. Mais ce n’est pas quelque chose que l’on peut imposer ou prescrire… Chacun a dans sa propre vie des souvenirs qui l’ont fait rêver étant enfant, un grand père qui bricolait, un père qui faisait du sport, un professeur passionné…Plus on rencontre de gens, plus on aura des greffes sur lesquelles peuvent prendre nos fantasmes. Par exemple : si quelqu’un vous parle tous les jours de la formation qu’il a trouvée, à un moment donné, vous allez vous dire que vous pourriez aussi vous inscrire dans cette démarche. Notre rôle, c’est de proposer des activités suffisamment diversifiées pour maximiser les possibilités de greffe et des activités suffisamment redondantes pour que les patients aient envie de passer à autre chose. Non seulement il faut gérer le deuil de la personne en la soutenant pour faire quelque chose de nouveau avec toute l’angoisse qui y est liée, mais aussi l’entourage qui peut être accélérant ou angoissant. Par exemple, un patient issu d’une famille de comptables ne pourra pas prendre la relève, en raison de sa maladie. Il fera donc autre chose mais il ne sera pas dans la lignée familiale; donc il y aura un deuil à faire de la part de l’entourage. Le rythme de l’entourage n’est pas le même que celui du patient.

La réussite d’une thérapie, ça se joue donc à peu de choses…

Recréer un nouveau projet de vie, cela prend du temps et nécessite de la part du thérapeute de pouvoir amener les choses progressivement pour que la personne puisse les « digérer »… Il peut aller trop vite ou pas assez, on ne sait jamais ce qui se passe exactement dans la tête de la personne suivie. On peut l’encourager, la pousser à son rythme, mais si l’on ne donne pas d’impulsion, elle risque de ne pas bouger. Il n’est pas rare qu’un thérapeute, après plusieurs années, se sente démuni et propose au patient d’aller consulter un confrère. Accompagner quelqu’un dans la re-création d’un projet de vie est un processus qui prend du temps pour le patient, son thérapeute et son entourage. Des mouvements relationnels et psychiques extrêmement importants sont en jeu et  il  faut accompagner la personne avec délicatesse et élégance. Mais une structure administrative n’en a pas toujours conscience.


Laurent Ciaccia est capteur de logement au sein du réseau social de Charleroi[2]. En effet, les habitations sociales pour des personnes en grande précarité et en souffrance psychique sont insuffisantes ;  son rôle est de pallier ce manque.

En quoi consiste votre job ?

Certains propriétaires ne souhaitent plus mettre leur bien sur le marché parce qu’ils ont eu trop de soucis avec leurs locataires. L’idée est de rendre disponible ce type d’habitation privée pour des publics fragilisés en proposant un accompagnement dans ces logements. Nous travaillons avec différentes structures qui gèrent aussi des accidents de vie (assuétudes, centres pour femmes battues…). Mon job est d’être l’intermédiaire entre les propriétaires et ces associations.

Comment  cela fonctionne-t-il pratiquement?

Nous avions déjà une liste de propriétaires en  lien avec les services sociaux. Nous les avons rencontrés dans un premier temps afin de leur expliquer le projet. Beaucoup ont peur de louer parce qu’il n’y a pas d’intermédiaire si cela se passe mal avec le locataire. Avoir une personne de contact est donc rassurant pour eux. Concrètement, je leur propose 3 candidatures de personnes en situation difficile. C’est le propriétaire qui tranche. Je présente les candidatures avec les locataires et les services qui les accompagnent. La personne est présente et signe le bail. Il n’y a pas de diagnostic. Mon rôle, c’est de déstigmatiser les situations de personnes qui souvent émargent du CPAS.

En cas de problème, comment cela se passe-t-il ?

Sur plus de 3 ans, j’ai facilité la signature de 150 baux avec un taux de maintien de près de 70%. Les échecs sont relatifs. Une personne peut décider de  partir parce qu’elle ne sent pas bien dans ce logement ; une autre ne va  plus payer son logement et ne donnera plus signe de vie.  Nous avons connu quelques cas extrêmes, mais c’est rare. En cas de nuisances sonores, on peut aussi jouer le rôle du médiateur entre le locataire et les voisins pour calmer les choses.

En cas de décompensation ?

C’est déjà arrivé, le propriétaire a eu des échos et le service adéquat est intervenu pour une prise en charge. Nous avons aussi connu des personnes réhospitalisées qui ont réintégré leur logement par la suite, parce que tout avait été mis en place en amont avec le service accompagnant.

Revoyez-vous des personnes qui vous avez aidées il y a 2 ou 3 ans ?

De temps en temps, on a des nouvelles et des échos via les services et les propriétaires. Ou bien on n’en a pas parce qu’il n’y a pas de souci…  Les Capteurs de logements existent à Namur, Mons, Liège Tournai, La Louvière et Charleroi. Nous n’avons pas de listes d’attente, nous essayons  toujours d’intervenir au plus vite. Ce que nous proposons n’est pas la seule alternative, nous travaillons avec d’autres structures comme les maisons d’accueil, logements de transit, d’urgences, d’insertion. On essaie de proposer un maximum de solutions possibles…

  • « On a un rôle de coordinateur de services que l’on mobilise pour aider la personne. » M.Yerna

Sans refaire un dossier sur le travail (voir bimestriel mai-juin 2018), Manon Yerna, agent d’insertion au sein du CRP l’Ancre et dans le projet Activation, nous parle du projet de vie du patient au travers de son accompagnement vers l’emploi, le stage ou la formation.

Quel type de parcours ont les personnes que vous suivez ?

Prenons l’exemple d’une personne hospitalisée pendant plus d’un an suite à une grosse décompensation avec une problématique liée à l’addiction. Elle a ensuite été orientée vers une habitation protégée et dans un CRF. Pendant la revalidation, son premier objectif a été de comprendre sa maladie et d’améliorer son autonomie résidentielle. Ensuite, cette personne a réalisé un stage en entreprise puis a été engagée. Elle a maintenant en CDI depuis 3 ans. Pendant sa revalidation, elle s’est mise en couple dans un logement autonome. C’est une personne que nous suivons encore aujourd’hui.

Votre mission est donc plus large que le domaine de l’emploi ?

Notre mission en tant que job coach, quand le projet est mis en place, c’est de le maintenir. Une personne que l’on suit est régulièrement envahie par tout un tas d’angoisses et peut donc nous appeler de son boulot parce que cela ne va pas…Nous, on la rassure en lui donnant des petits outils pour surmonter cette anxiété. Régulièrement, quand on sent des symptômes précurseurs de rechute, on avertit le psychiatre avec l’accord de la personne. Cela lui permet de garder son emploi. On a un rôle de coordinateur de services que l’on mobilise pour aider la personne.

Comment décidez-vous la fin de l’accompagnement ?

Souvent cela se décide conjointement, on voit évoluer quelqu’un positivement et l’on sent petit à petit que l’on peut lâcher du lest dans le suivi. Mais en cas de problème, la porte reste ouverte, il peut faire une demande afin que nous intervenions à nouveau. On arrête aussi parfois notre suivi parce que la personne n’en a plus besoin ou que les rendez-vous avec le psychiatre une fois par mois suffisent. Sur mes 10 années d’agent d’insertion et mes 5 années de job coach, j’ai rarement eu des personnes qui ont fait de nouveau appel à moi.

Comment aider les familles à convaincre leur proche malade d’adhérer à un projet?

Le temps va être l’allié de la famille. Dans le cadre de la psychose, tout à coup, on ne sait pas toujours pourquoi, la personne va se mobiliser à un moment donné. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Si on voit qu’elle souhaite faire quelque chose, il faut agir à ce moment-là. Ne fut-ce que déjà lancer une procédure d’admission car après, c’est le service compétent qui va contacter la personne et la prendre en charge. Et si elle n’est pas demandeuse, l’idée c’est de « faire avec » afin de susciter quelque chose chez elle, avancer à son rythme et pacifier la relation entre le patient et sa famille. (cf. modules de psychoéducation Profamille qui fournissent entre autres des outils de communication adaptée)

Est-ce que l’accompagnement ne devrait pas commencer à l’hôpital ?

Plutôt que faire appel  au job coaching, un agent de liaison pourrait assurer le transfert entre l’hôpital et le lieu de vie. Certaines équipes mobiles jouent déjà ce rôle et accompagnent la personne dans son projet de vie.

 

 

 

 

[1] Le Service de santé mentale Accolade est situé Rue des Bruyères 131, 4000 Liège Tél : 04/227.36.41.

[2] Relais social de Charleroi : Boulevard Jacques Bertrand 10, 6000 Charleroi. Téléphone : 071 50 67 31